Mardi 8 juin :
- Dans l'après-midi, rencontre d'un marocain, je suis accompagné d'Elise, élève à l'ESAC d'origine libanaise, hélas l'arabe parlé au Liban (littéraire) n'est pas que le même que celui parlé au Maghreb. Il nous apprend que beaucoup partiront au Maroc dès le lendemain ( pas de chance ! ).
- Début de soirée, rencontre (tout seul cette fois-ci) avec deux algériens, je leur montre mon mémoire, la photo de ma grand-mère et quelques portraits produits ça et là durant l'année. Ils me racontent qu'ils étaient dans l'armée française en Algérie durant la guerre 39-45. L'un d'eux, a un regard qui m'intrigue, ses yeux oscillant entre le gris et le bleu clair. Je n'ai pas mon appareil photo mais je discute avec eux et ils m'accueillent volontiers. Je ne sais pas s'ils ont bien compris mes intentions. L'un d'eux m'apprend qu'avant il y avait énormément de maghrébins qui se retrouvaient à Pau, mais que beaucoup sont morts. D'après les comptes qu'il tient sur papier, il y aurait en tout une quarantaine de décès. J'ai quelque chose à faire, je leur promets de revenir plus tard car le lendemain je travaille (ndlr : dans un lycée, deux soirs par semaine). Mais lorsque je reviens vingt minutes plus tard, l'un d'eux est parti et le second s'en va peu après.
Mercredi 9 juin :
- A treize heures, il y a deux papys qui semblent m'intéresser, mais le temps de venir c'est l'heure où ils avaient apparemment prévu de partir. Je le sais parce que je les croise dans la rue, je tente le contact, mais mon appareil à la main, ils prennent peur et refusent de m'écouter, prétextant de ne pas me connaître. Il est évident que le premier contact doit donc se produire sur ces bancs et non dans la rue, de manière détendue, ne donnant pas l'impression que je les suis.
- J'appelle mon grand frère à qui je demande de me donner quelques phrases clés en arabe, suite à cela il m'envoie un mail. Cela risque d'être drôle !
- Puis une rencontre très intéressante avec Abdel, un monsieur un peu moins âgé, travaillant à proximité et prenant une petite pause avant la reprise de son poste. Je lui explique ma démarche, il comprend et m'explique pourquoi la photo effraie tant. Il me raconte l'histoire d'un belge il y a quelques années qui aurait photographié des prostituées au Maroc. En prenant ces photographies, il cadre aussi par inadvertance sur des filles n'étant pas des prostituées, et publie ses photos sur le net. Quelques mois après, les services de renseignements marocains tombent dessus et incriminent les prostituées, ne faisant pas de différence avec les filles qui n'ont rien à voir et qui apparaissent sur les photos. Cette affaire a fait scandale dans tout le pays. Il me soulève l'idée que pour comprendre pourquoi les maghrébins aiment se regrouper ainsi dans toutes les villes françaises, il faudrait remonter à la source et aller au pays même. Hélas, avec seulement deux semaines avant mon diplôme et un boulot qui me bloque à Pau, je n'ai pas cette possibilité. Mais pourquoi pas, pour donner suite au projet ? D'après Abdel, un billet vaut seulement 50€ au départ de Toulouse. J'ai de nouveau rendez-vous avec ce monsieur demain, jeudi à 13 heures, en vue de lui montrer mon travail et de continuer cette discussion. J'émets l'hypothèse en dernier recours de faire des photos de dos ou bien de dessiner les gens, car dans ce genre de projet à l'allure incertaine il vaut mieux anticiper.
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