Mercredi 16 juin :
A 14h, je suis allé dans un kebab de mon quartier où je connais un peu les deux jeunes qui le tiennent. Je leur ai demandé s'ils pouvaient me fournir de l'aide ou me présenter quelqu'un en vue de m'insérer auprès des papys maghrébins qui m'intéressent. Et là l'un d'eux m'a appris quelques faits très intéressants :
- D'après la religion musulmane, l'homme est création de Dieu, et il est interdit de représenter la création de Dieu. C'est la raison pour laquelle on ne verra jamais un humain représenté dans des tableaux ou décorations orientaux, mais plutôt la main de Fatma ou bien de la typographie décorative. C'est peut-être pour cela que j'effraie tant les gens avec mon appareil photo.
- Au Maghreb il est de coutume que les anciens, après un certain âge, se laissent "porter par la vie". C'est sans doute une des raisons qui les pousse à se réunir sur des bancs, et à observer. Ces lieux leur permettent de se sentir impliqués dans la vie, de faire partie d'un peuple. Ils prennent goût au fait d'observer les autres vivre et s'activer.
- Chez les occidentaux, la culture individualiste et le principe de distance de sécurité (aussi appelée "proxémie" par l'anthropologue Edward T. Hall) fait que les gens ne s'assoient pas sur un même banc mais utilisent chacun un banc. On peut par exemple retrouver ce phénomène dans les transports en commun où chacun va prendre deux places tant que le véhicule n'est pas plein. Chez les orientaux, si l'on vient s'asseoir à côté de quelqu'un sur un banc, cela peut être interprêté comme une intention de gêner en vue de récupérer le banc pour soi, et donc une fois gênée la personne qui l'occupait va partir.
- Au Maghreb, il n'est pas rare de voir une dizaine de personnes partager un banc. Mais ici en Occident, les occidentaux ont souvent peur des jeunes en bande qui restent sur les bancs. Il s'agit pourtant juste d'une coutume déplacée géographiquement.
J'ai de plus en plus envie d'aller à l'origine même de ma démarche, au Maroc ou en Algérie. Dommage que le temps me manque...peut-être pour plus tard ?
- Les personnes auxquelles je m'intéresse sont pour la plupart traumatisées par une ou plusieurs guerres, repensant sans cesse à l'ancien temps et à ce qu'elles ont vécu. La situation est d'autant plus difficile pour une partie d'entre elles puisqu'on leur a demandé à un moment de "choisir" d'être français ou algérien. Cela a dû être un choix très difficile.
- Beaucoup de ces personnes doivent se connaître, et peuvent être par exemple voisins dans leur pays d'origine, ou de la même famille même éloignée. En effet, lorsqu'un est arrivé en France et qu'il est revenu au Maghreb avec un travail et de l'argent, des gens ont dû lui demander de les aider à venir en France. Et c'est ainsi que chacun a fait venir un autre et etcaetera...on retrouve ce principe dans tous les groupes d'émigration, quelque soit le pays d'accueil.
Avant de m'interroger sur le fait que ces bancs sont occupés, pourquoi ne pas m'interroger aussi sur le fait qu'ici les bancs sont vides ?
Lorsque je suis repassé auprès de mes bancs, à 14h30, il n'y avait personne. Demain, je repasserai au kebab et saisirai la proposition d'aide que l'on m'a faite aujourd'hui.
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire
Pas d'écriture en SMS, merci !