mercredi 9 juin 2010

Projet de diplôme : "Anthrographie" ( sur le terrain )

Anthrographie = anthropologie (étude de l'homme) + graphie (écriture)
Anthrographie = une autre écriture, un autre moyen de parler de l'homme et de le décrire



Comme expliqué dans mon mémoire, mon goût pour le contact des gens vient sûrement à l'origine des promenades avec ma grand-mère. En effet, d'origine algérienne, elle avait pour habitude d'aller retrouver ses copines sur un banc pour papoter.


Curieusement, on retrouve ce genre de réunion dans toutes les villes, et à chaque fois ce sont des groupes de maghrébins qui se retrouvent sur des bancs. Ils ne se connaissent peut-être pas, du moins au début, et discutent des heures durant. Ces lieux ne sont pas calmes, ils sont au contraire au milieu de tout, en plein centre, je me demande si c'est ce n'est pas par ressemblance au souk que l'on peut trouve au Maghreb. Tout le monde passe devant et personne ne les regarde.


Seulement moi, ils m'intéressent. Tout d'abord parce qu'ils évoquent mon histoire, ensuite parce que ce sont des minorités oubliées. Car je les trouve bien plus intéressants que des gens habillés en enseignes commerciaux de la tête aux pieds qui eux n'ont rien à raconter à personne. Contrairement aux français, ces gens prennent le temps de discuter et racontent volontiers leur histoire, partagent des mots sans intention malsaine, sans intérêt, sans capital. Et puis il s'agit avant tout d'une certaine génération liés à certains faits historiques (guerre 39-45, guerre d'Algérie, immigration de masse).


C'est là que mes propos rejoignent ceux de Georges Didi Hubermann, conférencier vu à Tarbes quelques mois auparavant, lorsqu'il parlait du travail du cinéaste Faroki. J'ai apprécié la manière dont il vantait des images qui à l'origine ne sont pas faites pour être vues (images de l'armée par exemple) et surtout la restitution au public qui en est faite. 


Le plaisir de produire et donner des images qui vont à l'encontre des images de presse m'a envahi, moi aussi.


C'est pourquoi, à Pau, il existe un ou deux endroits similaires. Le premier, auquel je m'intéresse pour le moment est situé juste à côté des futurs locaux de l'ESAC, entre les mutuelles et la MSA.
Le second, pas encore exploré, que je garde de côté au cas où il me manque de la matière, est à côté du terrain de boules en face de Domino's pizza.


Dans cet endroit, deux bancs de chaque côté de la route, où se retrouvent des papys maghrébins chaque jour. Suivant les horaires, ce sont jamais les mêmes. Et puis certains sont partis au Maroc aujourd'hui d'après l'un d'eux.


Seulement, je suis confronté à quelques difficultés :


1 - je ne parle pas arabe, et tous ne parlent pas un français correct
2 - je dois installer une relation de confiance alors que je ne les connais pas
3 - ils sont effrayés par les photos et l'utilisation que je pourrais en faire


Je dois donc réussir à instaurer cette relation, pour que les vraies anecdotes ressortent et pour qu'ils se rendent compte de mes intentions aussi louables soient-elles. Il faudrait aussi que quelqu'un m'introduise auprès d'eux, quelqu'un parlant arabe, j'ai essayé avec une fille de notre école (libanaise) mais ce n'est pas le même arabe. J'ai appelé mon grand frère, qui lui apprend l'arabe et il m'a donné quelques phrases que je pourrais dire...plutôt marrant si je dois parler arabe à mon avis ils vont me regarder avec des gros yeux, mais je suis prêt à prendre le risque !


Ensuite instaurer cette relation n'est pas dans un sens d'intérêt, car j'ai bien l'intention de ne surtout pas voler les images, si je veux rendre l'humain digne dans mes images je dois aussi respecter leur image car je suis apprenti graphiste, pas journaliste. Et puis il faut aussi faire attention de ne pas déranger, ne pas entrer dans un cercle intime si l'on ne s'y sent pas invité. Je me suis déjà frotté à deux échecs depuis hier, même si j'ai pu un peu discuté avec deux d'entre eux je n'avais pas mon appareil photo.


Alternative si je suis vraiment embêté : prendre des photos de dos ou dessiner.

1 commentaires:

Pas d'écriture en SMS, merci !